par David A. Harris, Directeur exécutif
Alors que les événements terribles du 11 septembre continuent à troubler les esprits et que l’alliance formée par les Etats-Unis s’engage dans une riposte multiple - militaire, diplomatique et économique -, l’attention se porte de nouveau sur le Moyen-Orient, que ce soit au niveau des médias, dans les cités universitaires ou ailleurs. Malheureusement, une bonne partie de ce débat est dominée par une mauvaise information et une absence de contexte historique.
Ce document, qui ne se veut pas exhaustif, vise à fournir certaines perspectives et considérations à la fois historiques et contemporaines sur la question.
Les arguments que l’on peut avancer pour la cause d’Israël sont aujourd’hui plus solides que jamais.
Si on leur présente les faits, les gens sensés devraient comprendre que:
(a) Israël recherche depuis cinquante-trois ans la paix et la sécurité.
(b) Israël est confronté à des dangers réels, étant un pays minuscule équivalent à un tiers de la Suisse et entouré de voisins tumultueux et armés.
(c) Israël est attaché de manière inébranlable à la démocratie et aux valeurs démocratiques.
(d) Israël et d’autres pays démocratiques doivent faire face aux ennemis communs que sont l’extrémisme et le fanatisme.
(e) Israël a apporté une contribution impressionnante à la civilisation mondiale dans les domaines scientifiques, médicaux, technologiques, agricoles et culturels – des contributions d’autant plus remarquables que le pays est jeune et qu’il paie un lourd tribut pour sa défense.
Aucun pays ne peut se prévaloir d’une histoire sans failles et Israël, comme les autres nations démocratiques, a commis sa part d’erreurs. Mais reconnaître sa propre faillibilité constitue une force nationale, non une faiblesse. Et je n’aurais aucune hésitation à faire valoir le passé d’Israël face à celui de tout autre pays de la région, et même de contrées beaucoup plus lointaines, dès qu’il est question de valeurs chères à l’Occident.
Israël peut se targuer d’un beau palmarès et les pays amis ne doivent pas hésiter à le crier sur les toits. C’est un dossier qui remonte bien plus loin dans le passé que l’instauration de l’Etat moderne d’Israël en 1948.
Les liens du peuple juif avec la terre d’Israël sont incontestables et ininterrompus
Ces liens remontent à presque quatre mille ans. La première pièce à l’appui est constituée par la Bible hébraïque. Le livre de la Genèse, le premier des cinq livres de la Bible, raconte l’histoire d’Abraham, son alliance avec le Dieu unique, et son départ de la ville d’Ur, dans l’Irak actuel, pour se rendre à Canaan, une région correspondant approximativement à l’Israël d’aujourd’hui. Le deuxième exemple est constitué par n’importe quel livre de prières juif à travers le monde. La liturgie juive abonde en références à Sion, la terre d’Israël.
Des liens identiques existent entre le peuple juif et Jérusalem
Ces liens remontent, eux, à l’époque du roi David, qui a vécu il y a environ trois mille ans et qui fit de Jérusalem la capitale d’Israël. Depuis de jour, Jérusalem a représenté non seulement le centre géographique du peuple juif, mais également le cœur spirituel et métaphysique de notre foi et de notre identité. De fait, la relation entre Jérusalem et le peuple juif est unique dans les annales de l’histoire.
Jérusalem fut le site des deux Temples – le premier construit par le roi Salomon au cours du dixième siècle av. J.-C. et détruit en 586 av. J.-C. pendant la conquête babylonienne, le deuxième construit moins d’un siècle plus tard, rénové par le roi Hérode, et détruit en l’an 70 de l’ère commune par les forces romaines.
Comme l’écrivait le Psalmiste, “Si je t’oublie, Ô Jérusalem, que ma main droite se dessèche. Que ma langue colle à mon palais si je cesse de penser à toi, si je ne garde pas Jérusalem en mémoire même pendant mon heure de bonheur exalté.”
Malgré la dispersion qui leur a été imposée pendant près de dix-neuf cents ans, les Juifs n’ont jamais cessé d’aspirer à revivre à Sion et Jérusalem.
En sus de l’expression par la prière, il y a de tout temps eu des Juifs vivant sur la terre d’Israël, et notamment à Jérusalem. En effet, depuis le dix-neuvième siècle, les Juifs ont représenté la majorité de la population de cette ville. C’est ainsi que, selon le Political Dictionary of the State of Israel, les Juifs constituaient 61,9 pour cent de la population de Jérusalem en 1892.
Ces rapports historiques et religieux avec Jérusalem sont particulièrement importants devant la volonté de certains Arabes de réécrire l’histoire et d’affirmer que les Juifs sont des “occupants étrangers” ou des “colonialistes” sans lien véritable avec cette terre. De telles tentatives pour nier la légitimité d’Israël sont manifestement fallacieuses et doivent être exposées pour ce qu’elles sont: des mensonges. Elles ignorent également le fait “dérangeant” qu’à l’époque où Jérusalem était sous domination musulmane (d’abord ottomane, puis jordanienne), elle était considérée comme un lieu secondaire.
Le sionisme a pour but l’autodétermination nationale du peuple juif
Bien que la nostalgie d’une patrie juive relève d’une aspiration qui remonte à des milliers d’années et qui s’exprime dans les textes juifs classiques, elle procède aussi d’une réalité plus contemporaine.
Théodore Herzl, considéré comme le père du sionisme moderne, était un juif laïc et un journaliste viennois scandalisé par l’antisémitisme flagrant qui avait nourri la notoire affaire Dreyfus en France, premier pays d’Europe à accorder aux Juifs des droits pleins et entiers. Il en vint à la conclusion que les Juifs ne pourraient jamais jouir de l’égalité complète comme minorité au sein des sociétés européennes parce que le triste héritage de siècles d’antisémitisme y était trop profondément enraciné. Il appela donc à la création d’un État juif qu’il décrit dans son ouvrage fondamental Altneuland (“Ancienne Terre Nouvelle”), publié en 1902.
La vision de Herzl fut appuyée par le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Balfour, qui fit cette déclaration le 2 novembre 1917:
Le gouvernement de Sa Majesté conçoit avec faveur l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et fera diligence pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu qu’il ne sera rien fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non-juives existantes de Palestine, ou aux droits et au statut politique dont les Juifs bénéficient dans tout autre pays.
En 1922, la Ligue des Nations, qui avait confié à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine, reconnut “le lien historique du peuple juif avec la Palestine”.
L’arrivée de Hitler au pouvoir et la mise en œuvre de la “Solution Finale” menée par les Nazis et leurs alliés – et facilitée par une complicité et une indifférence généralisées à l’égard du sort des Juifs – révélèrent dans toute sa dimension tragique le besoin désespéré d’un État juif. (Rappelons en passant que Hadj Amine el-Husseini, le mufti de Jérusalem, fut au nombre des partisans enthousiastes du génocide nazi du peuple juif.)
Ce ne serait que dans un tel État, estimaient les adeptes du mouvement sioniste, que les Juifs n’auraient plus à dépendre de la “bonne volonté” des autres pour déterminer leur propre destin. Tous les Juifs y seraient les bienvenus, invités à y trouver un refuge contre les persécutions, ou la réponse à leur “nostalgie de Sion.” Cette dernière préoccupation passionna de nombreux Juifs qui vinrent s’installer dans une Palestine alors plus au moins inculte, à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle. Poussés par leur idéalisme, ces pionniers ont jeté les fondations de l’État moderne d’Israël.
A ce jour, les adversaires d’Israël cherchent à fausser la signification du sionisme en cherchant à le présenter comme une force démoniaque, ceci dans le but de saper la raison d’être d’Israël et d’isoler le pays de la communauté des nations.
Cela s’est produit en 1975 quand les Nations unies, malgré les vigoureuses objections des pays démocratiques, adoptèrent une résolution assimilant le sionisme au “racisme.” La résolution fut révoquée par les Nations unies en 1991 mais ce même mensonge refit surface en 2001 à la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, en Afrique du Sud. Cependant le bloc arabe échoua dans ses efforts à condamner le sionisme dans les documents de la conférence. Cette fois-ci, de nombreuses nations avaient compris que le conflit entre Israël et les Palestiniens est de caractère politique et non racial, et qu’il en a toujours été ainsi.
Dans ce même contexte, il vaut la peine de se rappeler les propos du pasteur Martin Luther King sur l’antisionisme:
Qu’est-ce que l’antisionisme ? C’est le déni au peuple juif du droit fondamental de ce que nous revendiquons à juste titre pour les peuples de l’Afrique et pour toutes les autres nations du globe. C’est de la discrimination contre les Juifs, mes amis, parce qu’ils sont des Juifs. En clair, c’est de l’antisémitisme… Que mes paroles retentissent dans les profondeurs de votre âme: Quand les gens critiquent le sionisme, ils songent aux Juifs – ne vous y trompez pas !
Il importe aussi de souligner que les non Juifs n’ont pas été exclus de la construction de l’État d’Israël. Bien au contraire, 20 % des citoyens du pays ne sont pas juifs, y compris plus d’un million d’Arabes. En outre, l’arabe est une langue nationale officielle.
Par ailleurs, la population juive d’Israël a de tout temps reflété une diversité nationale, ethnique, culturelle et linguistique immense, encore plus marquée dans les années 1980, quand Israël sauva des dizaines de milliers de Juifs noirs de la sécheresse en Éthiopie, qui rêvaient d’une nouvelle vie en Israël. Les remarques éloquentes faites à l’époque par Julius Chambers, directeur général de la Défense judiciaire et du Fonds d’éducation de la National Association for the Advancement of Coloured People (la plus grande organisation noire américaine), méritent d’être reproduites ici:
Si les victimes de la famine en Éthiopie avaient été des blanches, d’innombrables nations leur auraient peut-être accordé refuge. Mais ceux qui meurent tous les jours de faim en Éthiopie et au Soudan sont noirs, et dans un monde où le racisme est officiellement déploré par pratiquement tous les gouvernements organisés, une seule nation non africaine leur a ouvert ses portes et ses bras. L’action humanitaire discrète de l’État d’Israël, entreprise sans tenir compte de la couleur des personnes secourues, est une condamnation du racisme autrement plus parlante que de simples allocutions ou résolutions.
Le conflit israélo-arabe aurait pu être évité.
Peu après sa création en 1945, l’ONU s’intéressa à l’avenir de la Palestine mandataire, alors sous domination anglaise. L’UNSCOP, la Commission spéciale des Nations unies sur la Palestine, recommanda aux Nations unies un partage du territoire entre Juifs et Arabes. Aucune des deux parties n’obtiendrait tout ce qu’elle réclamait, mais la division envisagée reconnaîtrait l’existence sur cette terre de deux populations, l’une juive et l’autre arabe, méritant chacune un État.
Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies, par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions, adopta la résolution 181, appelée « Plan de partage ».
L’acceptation de ce Plan aurait signifié la création de deux Etats. Cependant les pays arabes et les populations arabes locales s’y opposèrent avec véhémence. Ils refusèrent de reconnaître une revendication juive sur une quelconque partie de la terre de Palestine et choisirent de recourir à la guerre pour réaliser leurs objectifs.
Le 14 mai 1948, l’Etat d’Israël était fondé. Winston Churchill déclara à cette occasion:
La création d’un État Juif… constitue un événement de l’histoire mondiale qu’il convient d’envisager dans la perspective non d’une génération ou d’un siècle, mais dans la perspective de mille, deux mille ou même de trois mille ans.
Bien des années plus tard, le président John F. Kennedy donna son point de vue sur la signification de l’État d’Israël:
Israël n’a pas été créé afin de disparaître – Israël perdurera et prospérera. Il sera l’enfant de l’espoir et le séjour des braves. Il ne peut être ni brisé par l’adversité ni démoralisé par le succès. Il porte le bouclier de la démocratie et honore l’épée de la liberté.
La Déclaration d’Indépendance de l’État d’Israël contient le texte suivant:
Nous tendons la main à tous les États voisins et à leurs peuples dans une offre de paix et de bon voisinage ; nous les invitons à nouer des liens de coopération et d’entraide avec le peuple juif souverain installé sur sa propre terre.
Tragiquement, cette offre fut ignorée.
Le 15 mai 1948, les armées d’Égypte, d’Irak, de Jordanie, du Liban, et de Syrie attaquèrent l’État juif à peine né, cherchant à le détruire.
Au cours de cette guerre lancée par les Arabes, des populations civiles furent touchées, comme dans toutes les guerres. La polémique se poursuit à ce jour sur la question de savoir combien d’Arabes locaux ont fuit Israël parce que les leaders arabes les sommaient de le faire ou les menaçaient en cas de refus, combien ont fui par crainte des combats, et combien ont été contraints de partir par les forces israéliennes. Considération plus importante, des centaines de milliers d’Arabes ont fini par rester en Israël, pour devenir des citoyens de ce pays.
Cependant le point central ne doit pas être oublié, c’est-à-dire, que les pays arabes ont commencé cette guerre en visant à liquider les 650 000 Juifs dans le nouvel État d’Israël et qu’en agissant ainsi, ils ont défié le plan des Nations unies visant à la création de deux États, l’un juif, l’autre arabe.
Le conflit israélo-arabe a produit deux populations de réfugiés – et non une seule.
Alors que l’attention du monde s’est concentrée sur les réfugiés palestiniens, on a largement ignoré le sort des Juifs qui vivaient dans les pays arabes, dont des centaines de milliers sont également devenus réfugiés. De fait, de l’avis de nombreux experts, la taille des deux groupes était grosso modo comparable. Mais il y eut une différence essentielle: Israël a immédiatement absorbé les réfugiés juifs, alors que les réfugiés palestiniens ont été mis dans des camps où on les a délibérément gardés dans le cadre d’une politique arabe calculée, et avec la complicité des Nations unies.
Il n’existe pas de situation comparable ailleurs dans le monde, où une population réfugiée a été exploitée d’une façon aussi cynique.
A ce jour, seul un pays arabe, la Jordanie, a offert la citoyenneté aux réfugiés palestiniens.
Les 21 autre pays arabes, avec leur vaste territoire, et avec une langue, une religion et des racines ethniques communes avec les Palestiniens, ont refusé de le faire. Pourquoi ? Tristement, ils ne semblent guère intéressés à alléger le sort des réfugiés vivant dans des camps souvent sordides depuis deux ou trois générations. Ils préfèrent cultiver la haine d’Israël et donc utiliser les réfugiés comme une arme-clé dans leur lutte continue contre Israël.
Soit dit en passant, rien que pour donner une idée de la manière dont les Palestiniens sont traités dans le monde arabe, le Koweït a sommairement expulsé plus de 300 000 Palestiniens qui travaillaient dans ce pays (sans jamais se voir accorder le passeport koweïtien) le jour où Yasser Arafat a exprimé son soutien pour l’Irak dans la guerre du Golfe, ces Palestiniens étant vus comme une cinquième colonne potentielle. Les protestations ont été presque inexistantes dans les pays arabes face à l’expulsion d’une communauté palestinienne entière.
Malheureusement, on ne raconte pas souvent l’histoire des réfugiés juifs des pays arabes.
Lorsqu’on soulève la question des réfugiés juifs des pays arabes, les porte-parole arabes feignent souvent l’ignorance ou affirment avec force que les Juifs vivaient bien sous le règne musulman (à la différence des Juifs de l’Europe chrétienne). Ils s’emploient parfois, fort peu honnêtement, à soutenir que les Arabes ne peuvent, par définition, pas être antisémites puisqu’ils sont eux-mêmes, comme les Juifs, des Sémites.
Il est vrai que les Juifs qui ont vécu dans le monde musulman n’ont jamais connu l’équivalent de la Shoah, et il est également vrai qu’ils y ont connu des périodes de coopération et d’harmonie. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car les Juifs dans les pays islamiques n’y ont jamais joui de droits pleins et entiers, égaux à ceux des musulmans, dans les pays islamiques, et en tant que citoyens de seconde zone, ils avaient à observer des règles de comportement clairement délimitées. En outre, les violences contre les Juifs n’étaient pas inconnues dans le monde musulman.
Pour ne citer qu’un exemple du destin des Juifs dans les pays arabes, les Juifs ont vécu en Libye de manière ininterrompue depuis l’époque des Phéniciens, c’est-à-dire de nombreux siècles avant l’arrivée des Arabes de la Péninsule arabique, qui apportaient l’Islam à l’Afrique du Nord et s’installaient (occupaient ?) sur des terres déjà habitées par d’autres, en particulier les Berbères.
La grande majorité des 40 000 Juifs de Libye ont quitté ce pays entre 1948 et 1951 à la suite des pogroms de 1945 et 1948. En 1951, la Libye devint un pays indépendant. Malgré des garanties constitutionnelles, les Juifs qui s’y trouvaient encore n’avaient pas le droit de voter, d’occuper des fonctions publiques, d’obtenir des passeports libyens, de superviser leurs propres affaires communautaires, ou d’acheter des biens immobiliers. Après le troisième pogrom de 1967, les 4000 Juifs qui restaient en Libye prirent la fuite, n’étant autorisés à prendre avec eux qu’une valise et l’équivalent de 50 dollars. En 1970, le gouvernement libyen promulgua une série de lois pour confisquer les avoirs des Juifs exilés de Libye, émettant des bons du trésor public prévoyant une indemnisation équitable, payable dans les quinze ans. Cependant, l’année 1985 s’écoula sans qu’une quelconque indemnisation ne fût versée.
Dans le même temps, le gouvernement libyen entreprit de détruire les cimetières juifs, utilisant les pierres tombales pour le revêtement de routes nouvelles, dans le cadre d’un effort concerté pour effacer tout vestige d’une présence historique juive dans le pays.
En 1948, l’année de la fondation de l’État d’Israël, on estimait à 754 000 le nombre des Juifs vivant en terre arabe. Aujourd’hui, il y en a moins de 8 000, essentiellement au Maroc et en Tunisie.
Où était la sympathie arabe pour les Palestiniens entre 1948 et 1967 ?
Lorsque l’accord d’armistice mit fin à la guerre d’indépendance d’Israël, la Bande de Gaza fut placée sous administration égyptienne. Au lieu de songer à l’indépendance de la population arabe locale et des réfugiés palestiniens installés sur ce territoire, l’Égypte y imposa une administration militaire. De leur côté, la Cisjordanie et la moitié est de Jérusalem furent administrées par la Jordanie. Là aussi, aucune démarche ne fut entreprise pour créer un État palestinien indépendant. Bien au contraire, la Jordanie annexa le territoire, initiative qui ne fut reconnue que par deux pays, le Royaume-Uni et le Pakistan.
Ce fut pendant cette période, en 1964 pour être précis, que l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) vit le jour. Son but n’était pas de créer un État dans les territoires sous administration égyptienne et jordanienne, mais plutôt d’œuvrer à l’élimination d’Israël et à la fondation d’un État arabe palestinien sur l’ensemble de la Palestine.
L’Article 15 de la Charte de l’OLP l’exprime clairement:
La libération de la Palestine, du point de vue arabe, constitue un devoir national visant à repousser l’invasion sioniste et impérialiste, hors de la grande patrie arabe et de purger la Palestine de la présence sioniste.
Au cours des années suivantes, le terrorisme parrainé par l’OLP devait sévir de façon meurtrière contre ses cibles israéliennes, américaines, européennes et juives.
Comment Israël est-il entré en possession de la Cisjordanie, du Golan, de la Bande de Gaza, du Sinaï et de la moitié est de Jérusalem, Vieille Ville comprise ?
Aujourd’hui, certains se plaisent à parler des “territoires occupés” sans jamais se poser la question de savoir comment ils sont tombés entre les mains d’Israël en 1967. Là encore, il y en a dans le monde arabe qui entendent réécrire l’histoire et imputer des mobiles expansionnistes à Israël. Cependant les faits sont clairs. Voici un bref résumé des principaux événements qui ont conduit à la guerre des Six Jours.
Le 16 mai 1967, Radio Le Caire annonçait: “L’existence d’Israël a duré pendant trop longtemps. Le moment de la bataille est arrivé où nous allons détruire Israël.” Le même jour, l’Égypte exigea le retrait des forces de l’ONU stationnées à Gaza et à Charm-el-Cheikh depuis 1957. Trois jours plus tard, les Nations unies annoncèrent qu’elles se plieraient à la demande égyptienne.
Le 19 mai 19, Radio Le Caire proclamait: “Voici notre chance, Arabes, de porter à Israël un coup mortel d’annihilation…”
Le 23 mai, le président égyptien Gamal Abdel Nasser déclara son intention de fermer le détroit de Tiran à la navigation israélienne, coupant les liaisons maritimes vitales du pays avec l’Asie et l’Afrique de l’Est. Israël répliqua en soulignant qu’en droit international, il s’agissait là d’un casus belli, d’un acte de guerre.
Le 27 mai, Nasser déclara: “notre objectif fondamental sera la destruction d’Israël.”
Le 30 mai, le roi Hussein de Jordanie plaça les forces de son pays sous le contrôle de l’Égypte. Des troupes égyptiennes, irakiennes et saoudiennes furent envoyées en Jordanie.
Le 1er juin, le dirigeant de l’Irak ajouta ses propres réflexions: “Nous sommes résolus, déterminés et unis en vue d’achever notre objectif clair qui est d’effacer Israël de la carte du monde.”
Le 3 juin, Radio Le Caire salua le déclenchement imminent de la guerre sainte musulmane.
Le 5 juin, Israël, entouré de forces arabes prêtes à attaquer à tout moment, lança une frappe préventive. En l’espace de six jours, Israël devait battre ses adversaires et, ce faisant, s’emparer de terres sur les fronts égyptien, jordanien et syrien.
Israël s’était efforcé, par des canaux onusiens, de persuader le roi Hussein de ne pas s’engager dans cette guerre. A la différence de l’Égypte et de la Syrie, dont l’hostilité contre Israël était implacable, la Jordanie avait discrètement coopéré avec Israël et partagé ses préoccupations face aux visées agressives des Palestiniens. Plusieurs années plus tard, le roi Hussein reconnaîtra publiquement que sa décision d’entrer dans la guerre de 1967, au cours de laquelle il perdit le contrôle de la Cisjordanie et de l’est de Jérusalem, fut l’une des plus grandes erreurs de sa vie.
Une autre occasion de paix perdue.
Peu après la guerre des Six Jours, Israël signifia son désir de négocier une paix avec ses voisins arabes. Il n’était pas disposé à abandonner la moitié est de Jérusalem qui contenait les sites les plus sacrés du judaïsme dont il avait été interdit d’accès pendant dix-neuf ans, en dépit des clauses de l’armistice israélo-jordanien, (la Jordanie avait profané des dizaines de synagogues dans la Vieille Ville). Mais Israël était prêt à échanger les territoires saisis moyennant un accord global. Cependant, les propositions d’Israël furent rejetées. Une réponse sans équivoque lui fut donnée de Khartoum, où les leaders arabes publièrent le 1er septembre une résolution annonçant leur triple refus: “pas de paix, pas de reconnaissance, et pas de négociation.”
En novembre 1967, le Conseil de sécurité des Nations unies adopta la Résolution 242.
Cette résolution que l’on évoque souvent dans la discussion sur le conflit israélo-arabe, en la présentant comme la base de toute résolution, n’est pas toujours citée avec précision. Ce texte souligne “l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d’œuvrer en faveur d’une paix juste et durable dans laquelle tous les [accentuation de l’auteur] États de la région pourront vivre en sécurité.”
En outre, la résolution appelle au “retrait des forces armées israéliennes de territoires occupés dans le récent conflit» mais évite délibérément d’utiliser le mot “des” avant “territoires”. L’ambassadeur des États-Unis aux Nations unies à cette époque, Arthur Goldberg, fit remarquer que ce libellé était intentionnel afin qu’un règlement final puisse permettre des réajustements frontaliers non spécifiés tenant compte des besoins sécuritaires israéliens.
La résolution comporte aussi un appel à « fin aux revendications ou aux états de belligérance” et » au respect et à la reconnaissance de la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de tous les États de la région et de leur droit à vivre en paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, à l’abri des menaces ou d’actes de force [accentuation de l’auteur].”
Fait non moins important, la résolution affirme la “nécessité (a) de garantir la libre navigation par les voies maritimes internationales de la région ; (b) de parvenir à un juste règlement du problème des réfugiés [Remarque de l’auteur: Notons ici l’absence de référence aux réfugiés dont il s’agit, autorisant plus d’une seule interprétation des populations réfugiées visées.] ; et (c) de garantir l’inviolabilité et l’indépendance de chaque État de la région au moyen de mesures prévoyant l’établissement de zones démilitarisées.”
Le 22 octobre 1973, pendant la guerre du Yom Kippour, le Conseil de sécurité des Nations unies adopta la Résolution 338, qui appelait à un cessez-le-feu, à la mise en œuvre de la Résolution 242 dans son intégralité, et à l’amorce de discussions entre les parties. Les Résolutions 242 et 338 sont généralement citées ensemble dans le contexte de toute négociation de paix israélo-arabe.
Les implantations juives ont donné lieu à un problème délicat.
Indéniablement, mais comme tout ce qui a trait au conflit israélo-arabe, le dossier est plus compliqué qu’il n’y paraît.
Au lendemain de la victoire d’Israël en 1967 et quand il fut devenu clair que les Arabes n’étaient pas intéressés à négocier un accord de paix, Israël, sous une coalition conduite par les Travaillistes, se mit à encourager la construction d’implantations, ou nouvelles communautés juives, dans les territoires saisis. Cette pratique s’accéléra sous les gouvernements Likoud à partir de 1977.
Quelles que soient les opinions individuelles sur le problème des implantations, il importe de comprendre la motivation des initiatives israéliennes sur ce plan: (a) Israël estimait que la terre était l’objet d’un litige, car les Arabes comme les Juifs y avaient des prétentions, et qu’en raison de l’absence de toute autorité souveraine, Israël avait autant le droit de s’y implanter que les Palestiniens ; (b) il y avait eu des communautés juives en Cisjordanie bien avant 1948, par exemple à Hébron et à Goush Etzion, deux lieux de massacres exécutés par des Arabe au cours desquels de nombreux Juifs furent tués ; (c) d’après la Bible, la Cisjordanie, représente le berceau de la civilisation juive et certains Juifs, animés par leur foi et par l’histoire, voulaient réaffirmer ce lien ; (d) le gouvernement israélien estimait que certaines implantations pouvaient servir à des fins sécuritaires utiles; et (e), certains responsables israéliens considéraient que la constructions d’implantations et, partant, la création d’une situation de fait sur le terrain, pouvait hâter le jour où les Palestiniens, se rendant peut-être compte que le temps ne jouait pas en leur faveur, seraient prêts à parler de paix.
Aujourd’hui, la plupart des Israéliens reconnaissent que tout accord de paix avec les Palestiniens entraînera nécessairement le démantèlement de nombreuses implantations juives, mais pas de leur totalité. Des sondages ont maintes fois montré qu’une majorité d’Israéliens acceptent cette perspective, mais seulement dans le contexte d’un véritable processus de paix. Cependant, les Israéliens craignent que toute décision unilatérale de repli soit considérée par les Palestiniens et leurs partisans arabes comme un signe de faiblesse, non de force, et soit donc susceptible d’encourager de nouvelles violences.
En rétrospective, cette perception d’une faiblesse israélienne pourrait avoir été l’une des conséquences non intentionnelles du retrait unilatéral d’Israël du Sud-Liban en 1999. Les troupes israéliennes ne s’y trouvaient que pour une raison: non pour acquérir du territoire, mais pour maintenir une zone de sécurité devant empêcher de meurtrières attaques terroristes à partir du Liban contre les villes et villages du nord d’Israël.
Mais les attaques périodiques du Hezbollah contre des soldats israéliens ont pesé lourd, et le premier ministre Barak conclut que les avantages de cette présence militaire ne justifiaient plus un tel prix. Le Hezbollah se déclara victorieux contre les Forces de Défense Israélienne (FDI), qui paraissait jusque-là invincible, ce qui a peut-être enhardi les Palestiniens de Cisjordanie et Gaza, les amenant à penser qu’ils pourraient suivre cet exemple et accomplir ce qu’aucune armée arabe n’avait réussi depuis la fondation d’Israël en 1948: vaincre l’armée israélienne.
Les possibilités de paix.
En 1977, Menachem Begin accéda à la tête du premier gouvernement Likoud d’Israël. Cela n’empêcha pas le président égyptien Anouar Sadate de faire une visite historique en Israël cette même année et de prendre la parole devant la Knesset, le Parlement israélien. Il s’ensuivit un extraordinaire processus de paix, avec les hauts et les bas d’une série délicate de négociations. Le mois de septembre 1978 vit l’adoption des accords-cadres de Camp David en vue d’une paix globale, dont une proposition d’autonomie limitée pour les Palestiniens (proposition rejetée par ceux-ci). Six mois plus tard, un accord de paix fut signé achevant ainsi l’état de guerre qui avait duré 31 ans entre Israël et l’Égypte.
Il s’agissait d’un moment remarquable de l’histoire. Sadate, un virulent antisémite et ennemi d’Israël pendant presque toute sa vie, l’architecte de l’attaque-surprise de l’Égypte (et de la Syrie) contre Israël à l’origine de la guerre du Kippour en 1973, s’associa à Begin, le chef du premier parti israélien de droite, pour inaugurer un nouveau chapitre des relations israélo-arabes. Cela démontrait qu’avec de la bonne volonté, du courage et de la vision, tout était possible.
Mais tous les pays arabes, hormis le Soudan et Oman, rompirent leurs relations diplomatiques avec le Caire. Et en 1981, le dirigeant égyptien fut assassiné par des membres du Djihad Islamique Égyptien, dont les militants deviendront plus tard les compagnons d’armes d’Oussama Ben Laden et de son réseau Al-Qaida.
Pour sa part, Israël céda la grande étendue du Sinaï (environ 40 000 kilomètres carrés), qui avait servi de zone tampon d’importance critique entre son territoire et l’Égypte. Israël renonça également aux précieux champs pétroliers découverts dans le Sinaï, un sacrifice important pour un pays sans grandes ressources naturelles. Il ferma également les bases aériennes importantes qu’il avait construites. Et, malgré l’engagement pris par Begin en matière d’implantations juives, il démantela ces enclaves dans le Sinaï.
Ainsi, Israël démontrait très clairement son désir de paix, sa volonté de prendre des risques et de consentir à des sacrifices, et son désir de respecter scrupuleusement les termes des accords.
Israël et la Jordanie sont parvenus à un accord de paix historique en 1994.
La négociation de cet accord fut plus aisée qu’avec l’Égypte, car Israël et la Jordanie bénéficiaient déjà de bonnes relations, bien que discrètes, fondées sur une communauté d’intérêt vis-à-vis des Palestiniens. Israël démontra à nouveau son profond désir de paix et sa volonté à prendre les mesures nécessaires pour y parvenir, y compris les réajustements de frontières et les dispositions de partage des eaux demandés par Amman.
Une autre occasion de paix fut rejetée par les Palestiniens en 2000-2001.
Quand Ehud Barak devint Premier ministre en 1999, il annonça un programme ambitieux. Le leader israélien déclara qu’il tenterait de conclure un accord historique pour mettre fin au conflit avec les Palestiniens dans un délai de treize mois, prenant le relais de ses prédécesseurs après l’impulsion donnée par la conférence de Madrid en 1991 et relancée par les accords d’Oslo de 1993. De fait, il alla plus loin dans sa volonté de trouver un compromis que ce que l’on croyait possible en Israël.
Avec le soutien actif de l’administration Clinton, Barak fit avancer le processus aussi rapidement et aussi loin qu’il le pouvait, en réalisant du même coup des percées sur des thèmes particulièrement épineux, notamment celui de Jérusalem, dans l’espoir de parvenir à un accord. Malheureusement, Barak et Clinton ont échoué .
Arafat n’était pas prêt à s’engager dans le processus et à le faire aboutir.
Au lieu d’aller de l’avant dans des conversations qui auraient mené à l’instauration du premier État palestinien, avec sa capitale à Jérusalem-Est, il quitta la table des négociations après avoir soutenu devant le président Clinton la thèse ridicule selon laquelle il n’y aurait pas de lien historique entre les Juifs et Jérusalem, et après avoir lâché la bombe d’un soi-disant “droit de retour” pour les réfugiés palestiniens et leurs générations de descendants. Arafat devait sûrement savoir que ceci briserait aussitôt l’accord, puisque aucun gouvernement israélien n’envisagerait sérieusement de permettre à des millions de Palestiniens de s’installer en Israël pour le détruire en tant qu’État juif.
Tragiquement, Arafat se révéla incapable ou non désireux, ou les deux, de rechercher la paix à la table des négociations. Il préféra reprendre un comportement plutôt familier: parler de paix de temps à autre tout en encourageant régulièrement la violence.
Il savait que les images médiatiques de troupes israéliennes armées face à des Palestiniens descendus dans la rue, y compris des enfants cyniquement jetés en première ligne, œuvreraient à son avantage. Israël serait vu comme l’agresseur et l’oppresseur, et les Palestiniens, comme des victimes écrasées.
Arafat faisait le calcul qu’on n’aurait pas à attendre longtemps pour que le monde arabe dénonce Israël à grands cris, que les pays non alignés leur emboîtent fidèlement le pas, que les Européens appellent à encore plus de concessions de la part des Israéliens pour apaiser les Palestiniens, que les organisations internationales des droits de l’homme accusent Israël d’user de force excessive et que le monde, souffrant d’une mémoire bien courte, oublie que le leader palestinien venait de rejeter une occasion sans précédent de conclure un accord de paix.
En outre, pensait-il probablement, Washington serait amené à adopter une ligne plus dure face à Israël sous les pressions de l’Égypte et de l’Arabie Saoudite, deux pays qui occupent une place importante dans la vision mondiale des décideurs américains. Pour finir, il était possible à long terme qu’Israël, un pays industrialisé, commence à se lasser de la lutte et des pertes civiles et militaires quotidiennes, ainsi que des répercussions négatives sur le moral de la nation, sans parler du coût économique et du risque croissant d’ isolement international .
Certains journalistes peu critiques ont endossé les thèses palestiniennes et n’ont donc pas été entièrement objectifs et équilibrés dans leur couverture du conflit israélo-palestinien. Cela est également vrai d’un certain nombre de groupes internationaux de défense des droits de l’homme qui se montrent souvent aveugles devant les violations des droits de l’homme dans le monde arabe, notamment par l’Autorité Palestinienne. En outre, de nombreux pays de l’Union européenne, à l’exception remarquable de l’Allemagne, n’ont pas fait preuve de toute la compréhension souhaitable à l’égard des graves dilemmes qui se posent à Israël sur le plan de la sécurité. Il est plus facile de porter un jugement sur la situation à partir de la sécurité et du confort d’une capitale éloignée.
Que doit faire Israël, au juste, pour assurer la sécurité de ses citoyens ? Qu’auraient fait d’autres États dans la même situation ?
C’est ce que nous sommes sur le point d’apprendre alors que les États-Unis et leurs alliés répliquent à Oussama Ben Laden, au réseau Al-Qaeda, aux Talibans et peut-être à certaines nations offrant asile et soutien à des groupes terroristes. À en juger de l’effort militaire et des actions diplomatiques, politiques et financières menées à ce jour à travers le monde, il ne semble pas que les mots “retenue”, “dialogue”, “compromis” et “compréhension” fassent partie du vocabulaire actuel de Washington face à ceux qui ont attaqué les États-Unis, et on ne doit pas s’en offusquer.
En définitive, Israël constate qu’il n’a pas d’interlocuteur crédible pour négocier. Au lieu de cela, ses propres citoyens sont visés par des auteurs d’attentats suicides à qui l’on a fait croire qu’ils étaient destinés au martyre et à l’extase sexuelle au paradis.
Malgré de nombreuses demandes, l’Autorité Palestinienne a refusé d’arrêter et d’incarcérer les responsables de meurtres d’Israéliens.
Les limites imposées à la force de police palestinienne, fixées par les accords d’Oslo, ont depuis longtemps été dépassées, de sorte que des milices agressives et bien armées surgissent pour faire bataille avec Israël. Plusieurs de ces milices, en particulier les groupes Tanzim et Force 17, sont sous le contrôle direct d’Arafat.
Le Hamas et le Djihad Islamique, deux groupes radicaux figurant sur la liste américaine des organisations terroristes ayant probablement des liens avec le réseau Al-Queda de Ben Laden, opèrent avec une impunité relative dans les zones sous contrôle palestinien.
Les cessez-le-feu négociés avec Israël sont régulièrement enfreints par les Palestiniens. Ze’ev Schiff, journaliste hautement respecté et correspondant militaire du quotidien Ha’aretz, faisait remarquer le 20 octobre 2000 qu’Arafat avait conclu vingt-deux cessez-le-feu avec le roi Hussein de Jordanie avant d’être évincé de ce pays il y a trente ans, et plus de soixante-dix cessez-le-feu pendant la guerre civile au Liban.
L’éducation à la paix, qui revêt une telle importance pour les fondements d’une ère nouvelle dans la région, fait malheureusement défaut auprès de l’Autorité Palestinienne. Les écoles, les médias et les mosquées prêchent la haine des Juifs, la calomnie du judaïsme, la négation de la Shoah, la diabolisation d’Israël et la violence.
Il se peut que les événements tragiques du 11 septembre aient aidé le monde à mieux apprécier le genre de menace qui pèse sur Israël et la logique de la réplique inflexible de ce pays.
Inflexible, certes, mais mesurée également. Car en vérité, Israël pourrait porter des coups autrement dévastateurs contre les Palestiniens, mais a choisi de ne pas le faire pour toutes sortes de raisons diplomatiques, politiques, stratégiques et humanitaires.
En dernière analyse, tout en jouissant de la supériorité militaire, Jérusalem comprend bien que ce conflit ne peut pas être gagné uniquement sur le champ de bataille. En clair, aucune des parties ne va disparaître. Ce conflit ne pourra être résolu qu’à la table des négociations, le jour où les Palestiniens en viendront enfin à comprendre qu’ils ont gaspillé plus de cinquante années et de nombreuses occasions de construire un État – aux côtés d’Israël, et non à sa place.
Israël est une démocratie. Il pense et agit comme tel.
Cela n’est pas toujours facile dans la situation à laquelle le pays doit faire face. Cependant, si Israël ne manque pas d’être critiqué pour ses méthodes prétendument brutales, les Palestiniens, malgré toute leur rhétorique criarde, comprennent, mieux que quiconque que les valeurs démocratiques d’Israël et ses lois, sont précisément son talon d’Achille.
Car les Palestiniens savent, même s’ils ne le reconnaissent pas publiquement, que ce système démocratique pose des freins et des limites aux options politiques israéliennes.
Ils savent qu’Israël possède un système politique pluraliste et que ses différents partis doivent se distinguer les uns des autres pour espérer un succès électoral. De fait, les partis israéliens représentent tout l’éventail des points de vue, en allant de l’extrême gauche à l’extrême droite, du séculier au religieux, du Juif russe à l’Arabe. Notons aussi que les Arabes israéliens occupent actuellement environ le dixième des sièges à la Knesset (et que certains de ces parlementaires ont pris le parti des ennemis d’Israël dans le conflit actuel).
Ils savent que l’opinion publique en Israël compte pour quelque chose et peut influencer les politiques nationales, comme en témoignent les mouvements populaires qui sont parvenus à persuader le gouvernement de se replier du sud du Liban.
Ils savent qu’Israël jouit d’une presse libre et désireuse de chercher la vérité.
Ils savent qu’en Israël, le pouvoir judiciaire est indépendant et occupe une place respectée dans la vie de la nation.
Ils savent qu’Israël possède une société civile active ainsi que de nombreux groupes de défense des droits de l’homme qui insistent sur leur objectivité et leur impartialité.
Ils savent qu’Israël protège la liberté de culte de toutes les communautés religieuses, allant jusqu’à empêcher des Juifs de prier sur le Mont du Temple, l’un des sites les plus saints du Judaïsme, pour éviter les tensions avec les musulmans venant prier dans les deux mosquées construites à cet endroit. Ils savent aussi que depuis la guerre des Six Jours en 1967, Israël a cédé l’administration de cette zone au Waqf, l’autorité religieuse musulmane.
Ils savent qu’Israël se soucie de l’opinion internationale, et tout particulièrement des réactions américaines et européennes à sa politique.
Ils savent qu’Israël, État fondé sur les valeurs essentielles de la tradition juive, accorde une grande importance aux normes éthiques et morales du comportement, même si parfois, il ne les remplit pas.
De ce fait, ils savent que le comportement d’Israël est soumis à des contraintes auto-imposées pour la bonne raison que le pays est un État démocratique et parce que, en définitive, son gouvernement doit rendre des comptes au peuple.
Si seulement le Moyen-Orient ressemblait à la Scandinavie !
Une telle perspective n’augurerait-elle pas favorablement d’une résolution des conflits et de la coopération régionale ? Quand une nation démocratique a-t-elle attaqué une autre démocratie pour la dernière fois? Malheureusement, la démocratie est une réalité très rare au Moyen-Orient.
Les Palestiniens sont conscients de la manière dont le président Assad de Syrie a réglé leur compte aux intégristes islamiques du pays, tuant 10 000 à 20 000 d’entre eux, selon les estimations, dans la ville de Hama qui fut ensuite rasée pour adresser un message très clair aux intégristes du pays.
Ils savent comment le président Saddam Hussein d’Irak a traité les Kurdes, en utilisant des gaz pour en tuer des milliers et en détruisant des centaines de villages kurdes.
Ils savent, comme on l’a rappelé plus haut, comment le Koweit a réagi au soutien palestinien en faveur de Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe, en chassant d’un seul coup 300 000 immigrés palestiniens du pays.
Ils savent comment l’Arabie Saoudite a réagi au soutien du Yémen à Saddam Hussein pendant cette même guerre. Du jour au lendemain, l’Arabie Saoudite a expulsé environ 600 000 Yéménites.
Et ils savent enfin comment l’Égypte a traité ses propres radicaux islamiques dans les années 1990. Hors des projecteurs des médias, sans fanfare, plusieurs milliers de ces radicaux ont été tués ou jetés en prison.
Les Palestiniens tablent sur le fait qu’Israël ne suivra aucun de ces exemples. Telle est la force d’Israël en tant que démocratie, mais elle a aussi son prix. Les Palestiniens cherchent à en tirer parti. Cependant ils ont commis une erreur fondamentale: ils ont sous-estimé la volonté israélienne de survie.
Les Israéliens aspirent désespérément à la paix. Mais une paix à tout prix n’est pas une paix.
Les Israéliens voudraient ne plus devoir s’inquiéter de la présence d’engins explosifs dans leurs autobus et leurs centres commerciaux. Ils ne veulent plus devoir enterrer leurs enfants, qu’ils soient victimes du terrorisme ou de combats militaires. En bref, ils veulent vivre normalement, et ils ont plus d’une fois montré leur volonté d’accepter des compromis considérables – voire même risqués - dans leur recherche de la paix.
Les Israéliens ont cependant appris les douloureuses leçons de l’Histoire. La paix sans la sécurité peut équivaloir à un suicide national. Et qui est mieux placé que les citoyens d’Israël, parmi lesquels des survivants de la Shoah et des réfugiés de régimes communistes et de l’extrémisme arabe, pour savoir à quel point il peut être dangereux de baisser sa garde trop rapidement et trop facilement ?
Les Israéliens doivent-ils simplement ignorer les appels de l’Iran et de l’Irak visant à l’anéantissement d’Israël ? Leur appétit insatiable dans l’acquisition d’armes de destruction massive ? L’hospitalité accordée par la Syrie à des groupes terroristes voués à la destruction d’Israël ? L’accumulation par le Hezbollah de missiles à courte portée capables d’atteindre le tiers nord d’Israël ? Les effrayants appels aux attaques suicides contre Israël que l’on entend à Gaza et en Cisjordanie ?
Notre monde ne s’est guère montré aimable envers les naïfs, les crédules et les rêveurs. Malgré tous les sceptiques de l’époque, Hitler était tout à fait sérieux quand il écrivait Mein Kampf, Saddam Hussein était tout à fait sérieux en affirmant que le Koweit était une province de l’Irak, et Oussama Ben Laden était tout à fait sérieux dans ses appels à tuer le plus grand nombre d’Américains possible.
Israël se trouve dans un voisinage particulièrement dur. Pour survivre, il doit faire preuve de courage à la fois sur le champ de bataille et à la table de négociation, et en ressortir avec honneur sur les deux plans. A l’heure où Israël fait face aux défis non résolus de sa région, il mérite tout à la fois compréhension et soutien.
New York, le 11 octobre 2001 Date Created: 7/20/2005
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